Dans l’Est de la République Démocratique du Congo, la dynamique sécuritaire évolue vers une forme de conflictualité de plus en plus complexe, marquée par l’émergence d’alliances hybrides entre groupes armés locaux et réseaux djihadistes. Au cœur de cette transformation figurent les milices Maï-Maï, notamment le groupe Kyandenga, ainsi que le NDC-R (Nduma Defense of Congo-Rénové.)
Selon un rapport publié le 8 juillet 2025 par African Security Analysis (ASA), ces groupes, longtemps perçus comme des forces d’autodéfense communautaire, semblent aujourd’hui dépasser leur agenda initial. Ils entretiendraient désormais des liens tactiques avec les ADF, une organisation rebelle affiliée à l’État islamique en Afrique centrale.
Sur le terrain, plusieurs indices confirment cette convergence. Des patrouilles conjointes auraient été observées dans des zones stratégiques comme Monge, Mambume et Katere. Cette coopération ne se limite pas à des alliances opportunistes : elle inclut également le partage de circuits logistiques, de réseaux de recrutement et de moyens de communication.
Ce type de collaboration est qualifié d’alliance hybride. Il s’agit d’une coopération souple entre des groupes aux natures différentes : d’un côté, des milices locales ancrées dans des revendications communautaires ou territoriales ; de l’autre, des organisations comme les ADF, structurées autour d’une idéologie transnationale et de réseaux criminels. Sans fusionner totalement, ces groupes unissent leurs forces pour mener des opérations, échanger des ressources et renforcer leur influence.
Toujours d’après ce rapport d’ASA, cette évolution traduit un basculement profond. Les milices locales, autrefois ancrées dans des revendications identitaires ou foncières, s’inscrivent progressivement dans une logique plus large mêlant criminalité, économie de guerre et influences idéologiques transnationales.
L’implication croissante de groupes comme Kyandenga et le NDC-R dans ces dynamiques renforce le risque d’un conflit prolongé et difficile à contenir. En se connectant aux réseaux ADF, ces milices accèdent à de nouvelles ressources, à des capacités opérationnelles accrues et à une structuration plus sophistiquée.
Au-delà de l’aspect militaire, cette hybridation alimente également une économie parallèle fondée sur l’exploitation des ressources naturelles, les enlèvements et les circuits commerciaux illicites. Elle fragilise davantage l’autorité de l’État et complique les efforts de stabilisation.
Ainsi, prévient African Security Analysis, le conflit dans l’est de la RDC tend à se transformer en une insurrection aux multiples facettes, où se croisent intérêts économiques, rivalités ethniques et influences extrémistes.
Jean-Claude Mbafumoja
