Une semaine après de nouvelles attaques des ADF qui ont ciblé près de 10 carrés miniers dans le territoire de Mambasa, en Ituri, le chercheur et analyste en questions de sécurité Maître Fidèle Ubuntu émet des analyses sur la logique des déplacements des ADF, leurs besoins financiers et les enjeux qui entourent les zones minières de l’est de la République démocratique du Congo.
Pour Maître Fidèle Ubuntu, les déplacements des ADF vers les zones minières ne seraient pas le fruit du hasard. Il affirme avoir constaté, depuis Watalinga, une tendance du mouvement à se déplacer d’une zone minière à une autre. Les carrés miniers constitueraient, selon son analyse, des points stratégiques où les combattants peuvent trouver de la nourriture, de l’argent et de l’or.
« Les ADF se déplacent des zones minières vers les zones minières », analyse-t-il, estimant que le passage par ces espaces leur permettrait notamment de s’approvisionner au cours de leurs déplacements.
L’or, une ressource facile à transporter et à dissimuler
L’analyste estime également que les ADF pourraient tirer des revenus du commerce de l’or et d’autres minerais. Il évoque même des mécanismes de blanchiment de ces ressources pour financer le mouvement.
Pour lui, la question du financement est centrale dans la compréhension de la capacité de ce groupe armé à maintenir ses opérations.
« On ne peut pas maintenir des troupes sans les nourrir, et on ne peut pas maintenir un mouvement comme ça sans argent », soutient Maître Fidèle Ubuntu.
Il rappelle que les ADF ont longtemps été présentés comme bénéficiant notamment des revenus liés au cacao. Mais, avec la baisse de la valeur du cacao sur le marché international, il estime que l’or pourrait être devenu une ressource davantage recherchée par le mouvement.
L’or présente, selon lui, un avantage particulier : il est facile à transporter et à dissimuler. Ce qui pourrait expliquer, dans son analyse, l’intérêt croissant des ADF pour les zones minières.
« À qui profite cette lutte ? »
Mais derrière les attaques contre les carrés miniers, Maître Fidèle Ubuntu pose une question qu’il considère comme fondamentale : « À qui profite cette lutte ? »
Il s’interroge notamment sur la présence des forces ougandaises engagées aux côtés des FARDC dans la lutte contre les ADF.
Selon lui, l’État congolais aurait demandé aux militaires de ne pas trop s’intéresser aux carrés miniers dans le cadre des opérations. Il dit craindre que cette situation puisse, dans certaines circonstances, laisser davantage d’espace aux forces ougandaises dans les zones minières lorsqu’elles interviennent contre les ADF.
Maître Fidèle Ubuntu démontre que c’est depuis l’arrivée de l’UPDF que les ADF ont élargi leur rayon d’action jusqu’à Mambasa, voire vers la province du Haut-Uélé. Comme un système de « levure dans la farine », dit-il, le mouvement aurait ainsi progressé vers des zones minières, avec pour objectif d’atteindre les carrés miniers. L’UPDF, jadis à la frontière, se retrouve aujourd’hui « dans la chambre », regrette-t-il, pour illustrer ce qu’il considère comme une proximité de plus en plus importante des forces ougandaises avec les zones d’exploitation minière.
L’analyste appelle dès lors les Congolais à rester vigilants et à jouer un rôle de veille auprès de l’État.
« J’en appelle à tous les Congolais, à chacun là où il est, d’être les yeux et les oreilles de l’État congolais », lance-t-il.
« Les Ougandais sont venus en alliés, c’est bien. Ce ne sont pas des saints »
Maître Fidèle Ubuntu ne remet pas en cause, dans son propos, le principe de la coopération militaire avec l’Ouganda. Il demande toutefois à la population de rester attentive aux activités des forces étrangères présentes sur le territoire congolais.
« Les Ougandais sont venus en alliés, c’est bien. Ce ne sont pas des saints, ce ne sont pas des enfants de chœur », affirme-t-il.
Selon son analyse, lorsqu’un militaire ougandais mène une action relevant de la lutte contre les ADF, la population doit la reconnaître et en informer l’État. Mais si, au-delà de l’opération militaire, un acteur étranger commence à s’intéresser à l’exploitation des minerais, il estime que cela devrait susciter des interrogations.
Il redoute notamment que la guerre contre les ADF puisse, selon les circonstances, servir de couverture à d’autres intérêts.
« Peut-être la guerre contre les ADF risque d’être juste un voile qui cache les vraies intentions », avance-t-il.
Un parallèle avec le Rwanda et les FDLR
Pour développer cette crainte, Maître Fidèle Ubuntu établit un parallèle avec le discours de lutte contre les FDLR ayant accompagné, selon lui, l’implication du Rwanda dans l’est de la RDC.
Il estime que les Congolais doivent éviter qu’un scénario comparable puisse se reproduire dans le cadre de la lutte contre les ADF, avec les ressources minières comme enjeu. Toutefois, les recherches continuent, souligne-t-il.

Il évoque également les publications du général ougandais Muhoozi Kainerugaba sur les réseaux sociaux. Selon lui, certaines de ces prises de position ne permettent pas toujours, à ses yeux, d’apprécier sereinement la présence ougandaise aux côtés des FARDC.
L’analyste lance une mise en garde et appelle à la vigilance face à l’Ouganda. Il estime qu’il faut bien surveiller les intentions de Kampala afin d’éviter que, demain, la guerre qui avait opposé l’Ouganda au Rwanda en 1998 pour le contrôle de Kisangani ne se transforme en un conflit ouvert entre l’Ouganda et la RDC, au regard notamment des propos tenus sur les réseaux sociaux par ce chef d’état-major ougandais, qui aurait évoqué la possibilité de prendre Kisangani.
Son interrogation porte donc moins sur l’existence d’une coopération militaire que sur la nécessité, selon lui, d’en surveiller les contours et les éventuelles conséquences économiques.
« Nous n’avons qu’une seule armée : les FARDC »
Malgré ces réserves, Maître Fidèle Ubuntu insiste sur un autre aspect de son analyse : la nécessité pour les Congolais de rester soudés autour de leur armée nationale.
« Nous, nous savons que nous n’avons qu’une seule armée : les FARDC. Nous savons que sa force, ce sont les peuples congolais », affirme-t-il.
Il considère que les FARDC ont besoin d’alliés dans la lutte contre le terrorisme, mais estime que cette nécessité traduit aussi une faiblesse collective de la population congolaise dans son soutien à l’armée.
Pour lui, la sécurité ne peut donc pas être abandonnée aux seuls militaires.
« 80 % pour la population, 20 % pour les opérations militaires »
Dans cette logique, l’analyste reprend le principe de coresponsabilité sécuritaire qu’il défend régulièrement. Il estime que 80 % de l’effort sécuritaire devrait relever de la population, contre 20 % pour les opérations militaires.
Cette proportion, présentée comme un principe d’implication citoyenne et non comme une donnée scientifique, traduit selon lui le rôle que doit jouer la population dans la collecte des informations, la vigilance, l’accompagnement et le soutien aux forces de défense.
« Oui, cette armée a aujourd’hui besoin des alliés, c’est parce que nous, la jeunesse, nous, le peuple congolais, nous n’avons pas encore suffisamment appuyé cette armée », soutient-il.
Il appelle ainsi les Congolais à considérer la réussite ou l’échec des FARDC comme une responsabilité collective.
« L’échec de cette armée, c’est notre échec. La réussite de cette armée, c’est notre réussite », insiste Maître Fidèle Ubuntu.
Pour lui, la meilleure manière de réduire la dépendance à l’égard des forces étrangères consiste d’abord à renforcer l’armée nationale par l’implication de la population.
« Nous avons tout intérêt à lui donner toute la force possible afin que l’Ouganda, la MONUSCO et tout autre aventurier qui veut venir nous aider, nous lui disions non », conclut-il.
Dimanche 02 et lundi 03 août 2026, les rebelles de l’ADF ont attaqué 7 carrés miniers dans le territoire de Mambasa à environ 20 kilomètres de Mambasa centre. Parmi les carrés miniers attaqués, PANGOYI, Mungu iko. Plusieurs biens étaient pillés, des civils tués, d’autres prise en otage.
Rédaction
