Poursuivant les séances de sensibilisation de la communauté musulmane sur la coresponsabilité sécuritaire dans la lutte contre les ADF, l’organisation Ubuntu Panafrika a évoqué, dimanche 16 août 2026 à Kantine, dans le territoire de Beni, les dangers de l’endoctrinement et du recrutement des jeunes par les ADF.
Dans son intervention, le chef du projet « Wapi Jiwe Langu kwa Usalama Wa Mashariki Ya Kongo ? », à travers lequel Ubuntu Panafrika mène ces activités, a mis en avant le Coran, aux côtés de la Bible, comme un instrument pouvant contribuer à déconstruire les discours extrémistes et à protéger les jeunes contre la manipulation religieuse.
Devant des centaines de fidèles musulmans, Maître Fidèle Ubuntu s’est appuyé sur l’exégèse de plusieurs passages coraniques, avec l’appui des imams et des autorités religieuses de la COMICO. L’objectif était de montrer, à partir des textes eux-mêmes, que l’utilisation de l’islam, du Coran ou de la langue arabe par les ADF pour recruter et endoctriner ne suffit pas à faire de leurs violences une pratique islamique. Pour ce chef de projet, la référence à la religion constitue plutôt un voile permettant à ces groupes de dissimuler leur véritable visage et leurs objectifs violents.

Face à ce discours propagandiste et à l’endoctrinement attribué aux ADF, un appel a été lancé aux savants musulmans et aux responsables religieux afin qu’ils contribuent à barrer la route aux groupes terroristes qui utilisent l’islam et le Coran pour tenter de justifier le meurtre de chrétiens et d’autres innocents. Pour Ubuntu Panafrika, les responsables religieux ont un rôle important à jouer dans la dénonciation de cette instrumentalisation de la foi.
L’organisation estime par ailleurs que le silence de certains responsables musulmans ne devrait pas être justifié par la peur d’éventuelles représailles. Elle rappelle, à travers les enseignements religieux évoqués lors de la rencontre, que le courage face à l’injustice et la défense des innocents constituent des responsabilités qui ne devraient pas être abandonnées face à la peur.
Plusieurs passages du Coran ont ainsi été lus et expliqués pour aider la communauté à se désolidariser des violences commises par les ADF. La sourate Al-Hajj (22:39-40) a notamment été présentée dans le contexte de la défense contre la persécution et de la protection des lieux de culte. La sourate Al-Baqara (2:190) rappelle, selon cette lecture, que le combat ne doit pas dépasser certaines limites et interdit la transgression. Dans An-Nisa (4:75), l’accent est mis sur la défense des personnes opprimées et vulnérables.
D’autres passages ont également été évoqués. Al-Mumtahanah (60:8) appelle à la bonté et à la justice envers ceux qui ne combattent pas les musulmans. Al-Maida (5:2) encourage la coopération dans le bien et interdit de s’entraider dans le péché et l’agression. Le verset 5:32 insiste sur la gravité de l’atteinte à la vie humaine. Al-Maida (5:48) reconnaît également la diversité des communautés et des voies religieuses dans le cadre du jugement de Dieu.
La sourate Al-Kafirun (109) a été citée pour rappeler la distinction entre les croyances et le respect de la liberté religieuse. Al-Baqara (2:256) affirme le principe selon lequel il n’y a pas de contrainte en matière de religion. An-Nisa (4:135) et Al-Maida (5:8) insistent, quant à elles, sur l’exigence de justice, même lorsqu’elle peut être difficile à appliquer à l’égard de ceux envers lesquels on éprouve de l’hostilité.
À travers ces références, Ubuntu Panafrika appelle particulièrement les jeunes musulmans à ne pas se laisser séduire par les discours qui utilisent la religion pour justifier les massacres, les enlèvements, les destructions ou le recrutement armé.
Maître Fidèle Ubuntu encourage également la communauté musulmane à renforcer le mariage civilo-militaire, en devenant un acteur de premier plan dans la protection de la population et dans la prévention de l’infiltration des groupes armés.
Au-delà de la communauté musulmane, cette activité, qui a réuni des chrétiens et des musulmans, se veut également un début de reconstruction de la cohésion sociale mise à mal par les ADF. L’objectif est de montrer que c’est au nom de Dieu que les communautés peuvent se retrouver, s’unir et collaborer pour protéger la population, majoritairement chrétienne dans cette partie du territoire de Beni.
Les réactions enregistrées au cours de l’activité ont illustré cette volonté d’unité. Plusieurs participants chrétiens ont notamment réagi par des « Amen » et des « Christ soit glorifié ». De leur côté, certains musulmans ont également exprimé, dans leur propre langage, leur souhait que le nom de Dieu soit glorifié. Sans nécessairement recourir à l’arabe, citer Muhammad ou reprendre un passage coranique, ils ont salué l’initiative, estimant que ce projet leur redonne, selon leurs propres mots, la force de combattre les ADF et toutes les formes d’injustice.
Pour Maître Fidèle Ubuntu, le musulman doit être parmi les premiers à barrer la route aux ADF et à leurs collaborateurs, qu’ils se présentent sous un discours religieux ou sous toute autre couverture. La défense de la communauté, des vies innocentes et de la paix est ainsi présentée comme une responsabilité collective qui dépasse les appartenances communautaires.
En lisant et en confrontant ces différents passages coraniques aux actes attribués aux ADF, Ubuntu Panafrika estime que le fossé est profond entre les enseignements rappelés lors de cette rencontre et les violences commises par ces combattants. Dans cette perspective, l’organisation conclut que les ADF, loin de défendre l’islam, portent atteinte à son image, au Coran, à la mémoire du prophète Muhammad et aux musulmans eux-mêmes.
Nganga Mbafumoja Victor
