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L’annonce d’un dialogue intercongolais par le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo continue de susciter des réactions dans la classe politique et la société civile. À Beni, Maître Joseph Muhindo Ntoku estime que cette initiative peut contribuer à une sortie de crise, à condition qu’elle s’attaque réellement aux causes profondes des conflits et débouche sur des résultats concrets.

Dans son adresse à la Nation du jeudi 27 août 2026, le Chef de l’État a annoncé l’organisation d’un dialogue intercongolais, précisant que celui-ci concernerait notamment les Congolais qui n’ont pas pris les armes contre la République.

Cette précision soulève toutefois la question de la participation de certaines forces politiques et des mouvements armés, notamment l’AFC/M23 et les proches de l’ancien président Joseph Kabila. Pour Maître Joseph Muhindo Ntoku, avocat près la Cour d’appel de l’Ituri et secrétaire général de la communauté Yira, il convient de distinguer le dialogue politique national du traitement de la question des groupes armés.

Selon lui, l’exclusion des groupes ayant pris les armes peut se justifier par le principe selon lequel la violence ne doit pas devenir un moyen d’accéder au pouvoir. Mais cette exclusion ne devrait pas empêcher l’État de rechercher un mécanisme permettant de traiter la dimension sécuritaire du conflit.

L’avocat estime ainsi qu’il faut éviter deux extrêmes : d’une part, récompenser la prise des armes par une reconnaissance politique et, d’autre part, ignorer les réalités militaires qui existent sur le terrain. Il propose que le dialogue national s’intéresse aux causes profondes de la crise congolaise, tandis qu’un mécanisme spécifique puisse traiter les questions liées aux groupes armés, au désarmement, à la sécurité, à la réintégration et à la restauration de l’autorité de l’État.

Un dialogue qui doit dépasser le partage du pouvoir

Maître Joseph Muhindo Ntoku appelle également à tirer les leçons des précédentes concertations politiques organisées en RDC. Pour lui, le nouveau dialogue ne devrait pas se limiter à des négociations entre acteurs politiques autour du partage du pouvoir. Il estime que le processus ne pourra susciter un véritable espoir que s’il repose sur trois garanties essentielles : l’inclusivité, la sincérité et des résultats concrets.

L’avocat invite ainsi les autorités à associer largement les forces politiques, les organisations de la société civile, les confessions religieuses, les organisations de défense des droits humains, les jeunes, les femmes et les autres forces vives de la Nation.

Il insiste cependant sur la nécessité de préserver la distinction entre les institutions légitimes de la République et les groupes armés, dont la question devrait être traitée dans un cadre approprié et sous l’autorité de l’État. Pour Maître Joseph Muhindo Ntoku, la réussite du dialogue devra surtout être mesurée à ses conséquences sur la vie quotidienne des Congolais.

Dans les régions de l’Est, particulièrement touchées par les violences armées, les populations attendent avant tout la sécurité, la fin des déplacements forcés, la restauration de l’autorité de l’État et la protection des civils.

Il estime donc qu’un dialogue qui ne produirait que des résolutions politiques sans mécanisme efficace d’application risquerait de décevoir davantage la population. À ses yeux, le dialogue doit être considéré comme un moyen et non une fin. Il doit aller de pair avec des actions sur la sécurité, la justice, la gouvernance, la cohésion nationale et la protection des populations.

Pour cet acteur, la RDC n’a pas besoin d’un nouveau cadre destiné uniquement à permettre à quelques acteurs politiques de se partager le pouvoir, mais d’un processus capable de contribuer à sauver la République et à construire une paix durable.

La crédibilité du dialogue annoncé par le Chef de l’État dépendra donc, selon Maître Joseph Muhindo Ntoku, de sa capacité à dépasser les intérêts politiques particuliers pour répondre aux attentes de l’ensemble du peuple congolais.

Jean-Claude Mbafumoja