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Nobili, 31 août 2026. Après plusieurs séances de sensibilisation menées avec Maître Fidèle Ubuntu, chef du projet « Wapi Jiwe Langu Kwa Usalama Wa Mashariki Ya Kongo ? », les musulmans de la chefferie de Watalinga, en territoire de Beni au Nord-Kivu, se mobilisent à leur tour contre le terrorisme des ADF.

Dimanche 30 août 2026, plus de 700 fidèles musulmans se sont réunis dans l’agglomération de Nobili, frontalière de l’Ouganda, à l’initiative des leaders religieux musulmans, avec l’appui de l’organisation Ubuntu Panafrika à travers son projet de renforcement du mariage civilo-militaire dans la lutte contre les ADF. Les conférenciers principaux étaient des leaders religieux, notamment Maître Djodjo, Cheikh Sad Ngonda et le Chef des travaux Kyakumenza.

Leur message était de rappeler que les musulmans, au même titre que les chrétiens, doivent se lever contre le terrorisme et contribuer activement à la sécurité de leurs communautés.

Cette mobilisation est présentée comme l’aboutissement d’un travail de sensibilisation mené progressivement avec Ubuntu Panafrika. Plus de dix séances ont été organisées avec Maître Fidèle Ubuntu autour de la responsabilité des communautés dans la lutte contre l’insécurité, l’endoctrinement et le terrorisme des ADF.

Les cœurs changent, la peur recule

Cette mobilisation prouve que les cœurs sont en train de changer. Des musulmans frustrés et intimidés par les menaces de mort, notamment après la mort du cheikh Aliamini, de Jamali Moussa et d’autres membres de la communauté, commencent progressivement à retrouver confiance et courage, de réjouit maître Fidèle Ubuntu, chef du projet.

Avec ce projet « Wapi Jiwe Langu Kwa Usalama Wa Mashariki Ya Kongo ? », la peur est en train de partir. Les cœurs ont changé, le courage est revenu et les musulmans se disent désormais prêts à agir, aux côtés des FARDC et des autres populations, pour contribuer à vaincre les ADF, dit-il.

« Le projet « Wapi Jiwe Langu Kwa Usalama Wa Mashariki Ya Kongo ? » change ainsi les cœurs et rapproche les communautés. Des chrétiens qui pensaient que les musulmans étaient impliqués dans les violences commencent à comprendre qu’ils sont eux aussi victimes du terrorisme. De leur côté, des musulmans qui se sentaient discriminés ou stigmatisés comprennent davantage qu’ils ont aussi un rôle à jouer : s’élever contre l’endoctrinement, dénoncer le terrorisme et contribuer activement à stopper les ADF ».

Le cœur a vraiment changé : la peur recule et la responsabilité collective prend sa place. Pour les participants, la lutte contre les ADF ne peut plus être considérée comme l’affaire des seuls militaires. Elle doit également mobiliser les communautés, les leaders religieux, les jeunes et toutes les forces sociales, dans une même démarche aux côtés des FARDC.

Les musulmans rejettent l’instrumentalisation de l’islam

Au cours de cette grande rencontre, les leaders musulmans ont exprimé leur regret de voir les ADF se réclamer de l’islam et utiliser le terme Djihad pour tenter de justifier leurs violences.

Pour Maître Djodjo, Cheikh Sad Ngonda et le Chef des travaux Kyakumenza, les massacres de civils, les enlèvements et les destructions ne peuvent être présentés comme une guerre sainte. Ils dénoncent une mauvaise interprétation, voire une instrumentalisation volontaire des enseignements du Coran.

Le terme Djihad signifie d’abord un effort, une lutte ou un engagement. Dans la tradition islamique, il ne se résume donc pas au recours aux armes ou aux tueries d’êtres humains. Son utilisation pour justifier des attaques contre des populations civiles ne peut, selon ces leaders religieux, servir de fondement à une prétendue mission religieuse.

Le Coran insiste également sur la valeur de la vie humaine. Dans la sourate Al-Ma’idah (5:32), le meurtre injuste d’une personne est présenté comme un crime d’une gravité exceptionnelle.

Autre principe rappelé lors de ces sensibilisations : la liberté de conscience. La sourate Al-Baqarah (2:256) affirme ; « Nulle contrainte en religion ». Pour les leaders musulmans de Nobili, cette disposition montre que la foi ne peut être imposée par la violence.

« Les ADF contribuent à diaboliser l’islam »

À Nobili, le constat des musulmans est sans équivoque ; en se réclamant de l’islam pour commettre des atrocités, les ADF donnent une image déformée de cette religion.

Pour les leaders religieux, cette instrumentalisation constitue une forme de diabolisation de l’islam. Elle risque d’alimenter les amalgames entre musulmans et terroristes, alors que les premières victimes de cette violence sont également des musulmans vivant dans les zones affectées par les attaques.

Les participants estiment par ailleurs que le discours religieux ne doit pas faire oublier les autres motivations du groupe armé. Les attaques visant des zones et des carrés miniers, notamment en Ituri, sont citées comme un élément permettant d’interroger la dimension économique du conflit.

Ainsi, derrière le discours du Djihad, les ADF pourraient chercher également à contrôler des espaces, des ressources et des activités économiques. Le discours religieux serait alors utilisé comme un prétexte pour une entreprise de violence et de prédation.

Musulmans et chrétiens, même combat contre le terrorisme

Après les sensibilisations menées avec les chrétiens, les musulmans de la chefferie de Watalinga viennent donc à leur tour de prendre position publiquement.

À travers leurs leaders religieux, ils appellent leurs fidèles à ne pas rester passifs face à l’endoctrinement, à dénoncer toute tentative de recrutement ou de manipulation et à collaborer avec les autres composantes de la communauté pour prévenir les violences.

Pour Maître Fidèle Ubuntu, chef du projet « Wapi Jiwe Langu Kwa Usalama Wa Mashariki Ya Kongo ? », cette mobilisation traduit l’un des objectifs recherchés, notamment celui de faire de chaque communauté un acteur de la sécurité et de la paix, mais aussi de la lutte contre le terrorisme.

À Nobili, musulmans et chrétiens sont ainsi appelés à regarder dans la même direction face à l’ennemi commun ; le terrorisme des ADF.

Après les chrétiens, les musulmans tiennent à leur tour le bâton. Et lorsque les deux communautés religieuses se lèvent ensemble contre le terrorisme des ADF, c’est toute la communauté qui devient une force de résistance.

Nganga Mbafumoja Victor