À environ 12 ans, Dogo Promiss, connu sous le nom de Petit Idengo est devenu une petite célébrité dans la région de Beni au Nord-Kivu. Par sa musique engagée, il dénonce les injustices, critique les autorités et reproduit le style du feu Delcat Idengo, un artiste connu pour son courage et ses chansons révolutionnaires. Sur la toile, le petit enfant fait parler de lui et s’attire des millions de vues.
Mais alors que certains saluent son talent précoce, d’autres s’inquiètent. Est-il un enfant conscient ou un mineur exploité ?
Dans une région meurtrie par la guerre, la pauvreté et les violences, Petit Idengo apparaît comme un symbole d’éveil pour une jeunesse en quête de justice. Ses chansons, pleines de colère et de vérités, touchent un public large. Pourtant, la société se divise. Peut-on laisser un enfant porter un message politique aussi fort sans l’exposer aux dangers du militantisme ?
Le musicien local Weldedo dit Mwanamboka, une autre célébrité du milieu artistique de Beni, salue le courage du jeune tout en appelant à la prudence.
« Il imite le feu Idengo, c’est bon. Mais le problème est que le petit est poussé à faire la révolution. Si le petit Idengo est prêt à faire la révolution et qu’il est prêt à tout ce qui peut arriver, c’est bon. Moi je l’invite à voir le bon et le mauvais, donc tout bien ou mal qui peut lui arriver dans ce qu’il fait. Je crois qu’il nous faut l’approcher, lui montrer les conséquences négatives et positives de ce qu’il est en train de faire », a-t-il dit à Oichanews.

Une déclaration qui met en avant la nécessité d’un encadrement responsable, pour que le talent du jeune ne se transforme pas en dérive.
De son côté, le Parlement des Jeunes de la commune d’Oïcha, par la voix de Charles Valeri Kasereka, a partagé son analyse après la diffusion d’une image du jeune artiste tenant une arme. Le Parlement reconnaît d’abord le talent du garçon.
« Nous saluons avec fierté le talent remarquable de notre jeune frère, Dogo Promiss, dit Petit Idengo (…). Il incarne un espoir générationnel dans une région souvent noyée dans la douleur. »
Mais la structure s’inquiète de certaines exagérations constatées.
« Voir un enfant tenir une arme, même symboliquement, envoie un message dangereux dans une société déjà traumatisée par la guerre », ajoute cette structure des jeunes.
Le Parlement des Jeunes évoque cinq préoccupations majeures : l’atteinte aux droits de l’enfant, garantis par la Convention internationale et les lois congolaises ; l’impact psychologique pouvant troubler sa construction personnelle ; le risque de banaliser la violence chez d’autres jeunes ; l’atteinte à son éducation, si la musique prend le dessus sur l’école ; et enfin, la violation des lois nationales, qui interdisent toute manipulation idéologique d’un mineur.
Le Parlement appelle donc les producteurs, parents et encadreurs de Petit Idengo à la responsabilité, afin que sa musique serve de canal d’espoir, d’éducation et de paix, et non de confusion ou de manipulation.
La justice n’est pas à ignorer
Sur le plan juridique, la question est claire. La Loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant stipule à son article 9 que l’enfant a droit à la liberté d’expression, mais que cette liberté doit respecter la loi et les droits d’autrui. L’article 160 va plus loin en interdisant d’engager, pousser ou utiliser un enfant dans des activités contraires à la loi, aux bonnes mœurs ou dangereuses pour sa santé physique ou morale.

Autrement dit, si un mineur est poussé à tenir des propos politiques, à insulter les autorités ou à manipuler une arme, ce ne sont pas ses actes qui sont punissables, mais ceux des adultes qui l’influencent ou l’exposent.
Le Code de la famille, en son article 326, précise que les parents et tuteurs sont civilement responsables des actes de leurs enfants mineurs. Et la Constitution de la République, en son article 41, renforce ce principe : Tout enfant a droit à la protection de la famille, de la société et de l’État. En clair, la loi congolaise protège d’abord l’enfant, avant de le juger. Elle condamne fermement toute utilisation d’un mineur à des fins politiques, médiatiques ou idéologiques.
Petit Idengo représente donc une double réalité : d’un côté, l’éveil artistique et social d’une jeunesse fatiguée du silence, et de l’autre, le risque d’une exploitation précoce sous couvert de liberté d’expression. Sa voix forte mérite d’être écoutée, mais son âge exige qu’il soit encadré, protégé et orienté. La musique peut servir de levier pour la paix et l’éducation, pas pour la violence ni la provocation.
L’histoire de Petit Idengo est celle d’un enfant talentueux qui porte les douleurs de son peuple, mais que la société doit absolument accompagner. L’encourager, oui. L’exploiter, non. La loi est formelle : un enfant n’est pas un instrument de combat, mais une personne à protéger. Entre le cri d’un enfant et la révolution d’un peuple, la justice doit rappeler que la paix commence par la protection des plus jeunes.
Jean-Claude Mbafumoja
C’est un Petit Garçon qui a un talent exceptionnel mais qui doit être orienté par ses grands frères de la musique de cette région où ses parents