Cinq journées de villes mortes, du 03 au 07 novembre 2025 ont paralysé la commune d’Oïcha, chef-lieu du territoire de Beni, sur appel de la société civile locale. L’objectif était d’obtenir le remplacement de la bourgmestre de la commune d’Oicha et du commandant de la PNC territoire, accusés de mauvaise gouvernance et d’inaction face à l’insécurité. Si la cause semble légitime, la méthode, elle, suscite débat.
Des commerçants ont été contraints de fermer, certains sous menace. Alors qu’ils tentaient d’ouvrir, ils témoignent avoir été interpellés par des groupes des jeunes. La société civile elle dément avoir forcé les habitants de fermer, et parle d’une action citoyenne.
Par ailleurs, quatre acteurs des forces vives ont été désavoués publiquement, pour n’avoir pas « marché dans la même direction ». C’est dans une lettre de la société civile force vive que ces acteurs, membres des structures locales ont été demandés de ne plus participer aux activités de cette structure citoyenne. Parmi les désavoués, monsieur Lewis Saliboko qui n’a pas tardé à réagir, en exprimant sa consternation aussi dans une correspondance. Ce climat de tension suscite des questionnements.

« La société civile nous représente-t-elle ou nous remplace-t-elle ? »
« Contredire la société civile est-il devenu un péché ? »
« Refuser une méthode de réclamation, c’est être contre la cause de cette revendication ? »
« Pourquoi la population a peur de contredire un mot d’ordre de la société civile? Que craigne-t-elle ? »
Maître Fidèle Ubuntu, juriste de formation, estime qu’il est temps que la population se réapproprie son pouvoir d’analyse. « La société civile n’est-elle pas infaillible ? À tout ce qu’elle dit, il faut répondre Amen? », s’interroge-t-il en démontrant qu’on « on peut poursuivre une cause commune par des moyens différents. »
Il déplore que des commerçants, notamment des femmes vendeuses de denrées périssables, soient victimes collatérales de ces appels à la paralysie. Certaines, dit-il, « pleurent devant leurs tomates et choux pourris ». Il qualifie certaines décisions de la société civile de dictatoriales, et regrette que la population se divise, entre ceux qui veulent vaquer librement à leurs activités et ceux qui veulent rester chez eux.
Plus grave encore, l’analyste craint que de telles pressions rappellent les méthodes des ennemis, qui imposent leur volonté par la force et rêvent de villes mortes.
Maître Fidèle Ubuntu reconnaît qu’« un peuple qui ne réclame pas ses droits est mûr pour l’esclavage. » Mais il ajoute aussitôt que « réclamer nos droits avec une méthode oppressive, c’est devenir les architectes de notre propre servitude. »

Il ne condamne pas la réclamation, mais invite à varier les stratégies, et propose des sit-in, correspondances, plaidoyers, banderoles, etc. Et surtout à respecter la liberté de conscience, de pensée et de participation.
« Les Blancs ont besoin de nous parler de la liberté, mais pour nous amener vers l’esclavage. Ne faisons pas de même entre nous », prévient-il.
Enfin, Maître Fidèle appelle à regarder les résultats des villes mortes précédentes.
« Elles appauvrissent, divisent, fatiguent… mais changent-elles vraiment quelque chose ? »
Un message clair, dit-il, « la réclamation oui, mais pas sans conscience. Nous continuons à penser par nous-mêmes et à agir pour nous-mêmes. » Il craint que la société civile se trouve un jour contredite par la population. «C’est normal, si cela arrive, parce que, me représenter n’est pas synonyme de me remplacer, » déclare maître Fidèle qui pense aussi que les contractions autour des villes mortes sont normales et ne devraient pas étonner ou léser la société civile.
Avec la Rédaction Ubuntu
