La croissance rapide des villes de l’Est de la République démocratique du Congo n’est pas le signe d’un développement planifié, mais la conséquence directe des déplacements massifs de populations fuyant la guerre et l’insécurité. C’est le constat amer de Maître Fidèle Ubuntu Andera, coordonnateur du projet « Wapi Jiwe Langu Kwa Usalama Mashariki ya Kongo ? », exécuté par l’Asbl Ubuntu Panafrika dans les provinces du Nord-Kivu, de l’Ituri et de Tshopo. Il l’a démontré lors d’un entretien tenu à son bureau à Beni, avec des jeunes artistes musiciens venus d’Oicha jeudi 16 octobre 2025.
Selon lui, des villes comme Beni, Butembo, Bunia, Goma ou Bukavu, aussi des grandes agglomérations comme Oicha voient leur population augmenter au rythme des arrivées de déplacés internes. « Plus il y a de déplacés, plus il y a de nouvelles constructions. Les villages brûlent, et les villes se remplissent », a-t-il expliqué, évoquant la souffrance de nombreuses familles contraintes de quitter leurs terres.
Pour le juriste, cette urbanisation n’est pas naturelle. Elle résulte d’un déplacement imposé par les violences armées. « On nous chasse de nos champs, de nos montagnes, de nos villages, de nos parcs, de nos lacs et de nos rivières. En ville, nous devenons des réfugiés dans notre propre pays », a-t-il déclaré, dénonçant la perte du lien entre l’homme congolais et sa terre nourricière.

Maître Fidèle Ubuntu estime que ce phénomène répond à une stratégie planifiée. « Cette urbanisation n’est pas le fruit de notre volonté ; elle semble être voulue par ceux qui orchestrent la guerre. On nous pousse vers les villes pour mieux occuper nos villages », a-t-il expliqué.
Il dénonce aussi la précarité qui accompagne cette vie urbaine imposée. Ici, il cite le manque de nourriture, le chômage, l’absence de solidarité, et de nouvelles formes de dépendance. « Nous nourrissions les villes depuis nos champs, et maintenant nous y mourons de faim », a-t-il regretté, avant d’évoquer la désorientation de la jeunesse, confrontée à l’alcool, à la drogue et à la misère.
Le coordonnateur du projet Wapi Jiwe Langu Kwa Usalama Mashariki ya Kongo ? a également dénoncé ce qu’il considère comme une guerre silencieuse contre la population congolaise. Selon lui, la promotion de la contraception dans les milieux urbains, pendant que ceux qui occupent les terres rurales continuent à s’y installer librement, divulguée par certaines organisations non gouvernementales, ONG.
Pour Ubuntu Panafrika, la véritable force du pays se trouve dans la maîtrise de la terre et la défense du territoire. Le projet « Où est ma pierre pour la sécurité à l’Est de du Congo ?» appelle ainsi à un soutien concret aux Forces armées de la RDC (FARDC) et à la police nationale Congolaise, (PNC) en vue d’un retour à la terre comme base de survie et de liberté. C’est en démontrant que si le peuple ne se bat pas pour se libérer, les ADF et d’autres assaillants se battront pour le soumettre. Selon lui, tant que le peuple congolais sera séparé de ses champs, il restera vulnérable. « La terre, c’est la vie et c’est dans nos champs que se joue notre avenir. » a-t-il lancé en exprimant une nécessité de voir les jeunes, les artistes et professionnels des médias s’impliquer dans la rechercher de la sécurité, la seule fondation pour une paix durable.
Nganga Victor Mbafumoja
