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L’infidélité, souvent perçue comme une trahison ou une faiblesse morale, cache selon la sexologue belge Esther Perel une réalité bien plus complexe. Après quarante ans d’écoute et de thérapie auprès de couples du monde entier, elle affirme que le principal moteur de l’infidélité n’est ni le manque d’amour ni la recherche de plaisir sexuel, mais le besoin profond de se sentir vivant.

Ce que les gens recherchent dans une aventure, ce n’est pas une autre personne, c’est une autre version d’eux-mêmes”, explique-t-elle dans une interview au Telegraph.

Esther Perel distingue clairement deux forces souvent confondues : l’amour et le désir. L’amour cherche la sécurité et la proximité, alors que le désir a besoin de mystère et de distance. Ainsi, dans les couples où la fusion est totale, la flamme érotique tend à s’éteindre. L’infidélité naît alors non pas d’un manque d’affection, mais d’un besoin de retrouver une part oubliée de soi, d’échapper à la routine et de ranimer une vitalité perdue.

“L’infidélité est souvent une protestation contre une vie qui s’est éteinte”, résume-t-elle.

Pour la thérapeute, ce phénomène est aussi lié à une “perte de présence”. Les écrans, les obligations familiales et le poids du quotidien transforment parfois la vie de couple en simple gestion logistique. Le partenaire devient présent sans l’être vraiment, et c’est cette absence émotionnelle qui pousse certains à chercher ailleurs un souffle d’existence. Tromper, dans cette perspective, n’est pas toujours rejeter l’autre, mais tenter de se retrouver soi-même.

Esther Perel propose une voie pour prévenir ce glissement : la curiosité. Selon elle, il faut oser redécouvrir son partenaire, accepter qu’il reste une part de mystère, et créer de la nouveauté dans la relation. Discussions inattendues, projets partagés, sexualité intentionnelle… autant de moyens de ranimer le désir sans chercher refuge dans l’infidélité. Car au fond, rappelle la sexologue, ce que les infidèles poursuivent, c’est moins une passion extérieure qu’un rappel intérieur : celui d’exister pleinement.

Avec le journal Au féminin