« Le racisme ne s’arrêtera jamais tant que les voitures blanches rouleront sur des pneus noirs. » La formule peut faire sourire. Pourtant, derrière cette image symbolique le blanc associé à la paix, le noir au malheur se cache une réalité plus profonde : celle des rapports de pouvoir, d’exclusion et d’injustice.
Au Nord-Kivu, cette symbolique dépasse la métaphore. Elle correspond à une expérience vécue.
Depuis des décennies, les terres ancestrales des communautés locales sont prises en étau. D’un côté, des multinationales et des réseaux économiques transnationaux profitent du chaos sécuritaire pour exploiter illicitement les minerais stratégiques. Coltan, or, cassitérite : les richesses du sous-sol alimentent des chaînes d’approvisionnement mondiales, tandis que les populations vivent dans la peur, les déplacements forcés et la précarité.
De l’autre côté, sous couvert de conservation, certaines pratiques liées à la gestion des aires protégées notamment autour du Parc national des Virunga ont généré de fortes tensions avec les peuples autochtones et les communautés riveraines. Plusieurs dénoncent des expulsions, des restrictions d’accès aux terres et aux ressources vitales, ainsi que des interventions sécuritaires jugées disproportionnées.
Pourtant, l’article 10 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones est explicite :
« Les peuples autochtones ne peuvent être déplacés de force de leurs terres ou territoires. Aucun déplacement ne peut avoir lieu sans leur consentement libre, préalable et éclairé, ni sans accord sur une indemnisation juste et équitable. »
Ce principe n’est pas une faveur. Il s’agit d’une norme internationale en matière de droits humains.
Comment comprendre qu’au moment même où des acteurs économiques puissants exploitent des minerais au prix du sang, des communautés autochtones et riveraines soient traitées comme des intruses sur leurs propres terres ?
Comment justifier que la protection de la nature devienne, dans certains cas, synonyme d’exclusion humaine ?
- La conservation ne peut être une forteresse érigée contre les populations locales.
- La lutte contre les groupes armés ne saurait servir d’argument pour restreindre indéfiniment les droits fondamentaux des riverains.
- La protection de la biodiversité ne peut s’accomplir au détriment de la dignité humaine.
Il est difficilement acceptable que :
- Les intérêts miniers circulent librement ;
- Les armes franchissent les frontières ;
- Les communautés ancestrales soient surveillées, déplacées ou réduites au silence.
La paix durable au Nord-Kivu ne viendra ni de déclarations internationales isolées ni d’opérations militarisées ponctuelles. Elle passera par :
- La reconnaissance effective des droits fonciers coutumiers ;
- Le respect du consentement libre, préalable et éclairé des communautés ;
- La justice sociale ;
- Une gouvernance transparente des ressources naturelles.
Le problème n’est ni la couleur noire ni la couleur blanche.
Le problème survient lorsque le pouvoir décide qui a le droit d’exister sur une terre et qui doit s’effacer.
- Le jour où les peuples autochtones et riverains du Nord-Kivu seront considérés comme des partenaires et non comme des obstacles ;
- Le jour où la conservation rimerait avec inclusion ;
- Le jour où l’exploitation des minerais cessera d’alimenter la guerre ; alors seulement il sera possible de parler de paix.
Et ce jour-là, il ne sera plus question de symboles.
Il sera question de justice.
Me Joseph Muhindo Ntoku
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