L’extension des activités des rebelles de l’ADF, affiliés à l’État islamique en Afrique centrale (ISCAP), vers la province du Haut-Uélé constitue une évolution préoccupante de la menace sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo. C’est ce que révèle une analyse publiée le 26 mai 2026 par l’Observatoire de la sécurité en Afrique centrale et orientale (ASA).
Selon ce rapport, les ADF ne se limitent plus à leurs zones d’opération traditionnelles de Beni, de l’Ituri et des corridors forestiers environnants. Sous la pression des opérations conjointes menées par les FARDC et l’armée ougandaise (UPDF), le mouvement rebelle aurait adopté une stratégie de dispersion et d’adaptation en s’implantant dans des espaces où la présence de l’État demeure limitée.
L’analyse souligne que le Haut-Uélé présente plusieurs avantages stratégiques pour les insurgés : de vastes zones forestières, des axes secondaires peu surveillés, la proximité de sites miniers et des frontières favorisant la mobilité. Pour les experts, cette progression ne doit pas être considérée comme un simple déplacement géographique, mais comme une véritable mutation stratégique du groupe armé.
Le rapport met également en garde contre le risque de voir cette province devenir une base logistique, une zone de financement ou un corridor de transit pour les ADF. Une telle implantation pourrait entraîner une aggravation de l’insécurité, provoquer de nouveaux déplacements de populations et étendre davantage la zone de conflit dans l’est du pays.
Les analystes insistent par ailleurs sur l’importance du renseignement et de la communication dans la lutte contre cette menace. Ils estiment que les rumeurs, la peur et l’absence d’informations officielles rapides peuvent favoriser la panique au sein des communautés et servir les objectifs des groupes armés.
Tout en reconnaissant les résultats obtenus par les opérations conjointes FARDC-UPDF, l’ASA souligne que la pression militaire seule ne suffira pas à neutraliser durablement les ADF. Le rapport recommande notamment le renforcement du renseignement humain, la protection des civils, la lutte contre les circuits de financement des groupes armés, la surveillance des activités minières et une coopération régionale accrue.
Pour les auteurs de l’étude, le Haut-Uélé doit désormais être considéré comme un théâtre prioritaire de lutte contre le terrorisme. Ils appellent les autorités congolaises et leurs partenaires à agir rapidement afin d’empêcher l’installation durable des rebelles dans cette partie du pays.
Jean-Claude Mbafumoja
