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Dans ses nouvelles analyses présentées à la presse le 10 août 2026, Maître Fidèle Ubuntu, chercheur en questions de sécurité dans l’Est de la RDC, appelle à dépasser une lecture limitée aux groupes armés visibles. Pour lui, les ADF et l’AFC/M23 constituent « l’arbre qui cache la forêt » d’une crise dont les ressorts sont également politiques, régionaux, sociaux et communautaires.

« Nier une réalité ne la change pas. » C’est autour de cette affirmation que Maître Fidèle Ubuntu construit son analyse des conflits qui secouent l’Est de la République démocratique du Congo depuis plusieurs décennies.

Selon lui, regarder uniquement les « ADF/MTM/ Ouganda » ou « l’AFC/M23/ Rwanda » revient à observer l’arbre sans chercher à comprendre la forêt qui l’entoure. Il cite l’Ouganda au côté de l’ADF et le Rwanda derrière l’AFC/M23.

« Les groupes armés que nous voyons sur le terrain ne constituent qu’une partie du problème. Derrière leur capacité à durer, à circuler, à recruter et à frapper, il existe des réalités qu’il faut également interroger. »

Pour cet analyste, la question est à la fois sécuritaire, politique et sociale. La persistance des groupes armés ne peut être comprise sans examiner leur environnement, les réseaux qui les entourent, les éventuelles complicités et les faiblesses qui leur permettent de maintenir leur capacité de nuisance.

C’est sur la responsabilité interne qu’il insiste particulièrement.

« Certains Congolais ont fait de la mort des autres Congolais leur business. »

Pour Maître Fidèle Ubuntu, cette affirmation doit pousser la société congolaise à regarder également ses propres responsabilités.

« Nous devons être capables de parler des responsabilités étrangères, mais aussi de nos propres responsabilités. Dire la vérité sur les autres sans accepter de dire la vérité sur nous-mêmes ne permettra pas de comprendre durablement cette guerre. »

Une guerre qui dépasse le champ de bataille

L’une des idées centrales défendues par Maître Fidèle Ubuntu est que la réponse militaire, à elle seule, ne peut suffire face à une menace clandestine.

Les ADF, originaires d’Ouganda, sont implantées depuis plusieurs années dans l’Est congolais. Leur évolution a, selon l’analyste, produit ce qu’il qualifie de « congolisation » du mouvement, avec la présence de Congolais dans ou autour de ses réseaux et l’existence présumée de relais locaux.

« Nous ne sommes plus face à une guerre classique où l’on peut toujours distinguer facilement l’ennemi du civil. Le combattant peut se cacher, le collaborateur peut vivre au milieu de la population et certaines informations ou formes d’assistance peuvent circuler par des circuits civils. »

Cette configuration rend la population particulièrement importante dans la lutte contre les groupes armés.

Pour illustrer son approche, Maître Fidèle Ubuntu estime que, dans la lutte contre le terrorisme, l’armée représenterait « 20 % » de l’effort, contre « 80 % » pour la population.

Ces chiffres constituent une appréciation de l’analyste et non une donnée statistique établie. Ils traduisent surtout sa conviction : sans renseignements, sans coopération communautaire et sans confiance entre population et forces de défense, une menace clandestine reste difficile à neutraliser durablement.

« Avant de demander toujours plus de militaires, demandons-nous aussi si notre société est prête à fermer les espaces qui permettent aux collaborateurs des groupes armés de se cacher, de circuler et de fonctionner. »

La population au cœur du dispositif sécuritaire

Dans cette lecture, la population n’est pas seulement considérée comme une victime de la guerre. Elle constitue également, selon Maître Fidèle Ubuntu, un acteur essentiel de la réponse sécuritaire.

Il estime que le renseignement de proximité peut jouer un rôle déterminant dans la détection des mouvements suspects, des infiltrations et des réseaux de collaboration.

Mais cette implication suppose, selon lui, une relation de confiance.

« Une population qui ne fait pas confiance à son armée hésite à parler. Une armée qui ne fait pas confiance à sa population risque de travailler sans les informations dont elle a besoin. La sécurité exige donc une confiance réciproque. »

L’analyste appelle ainsi à dépasser une conception de la sécurité reposant exclusivement sur le déploiement des forces armées.

La présence militaire, explique-t-il en substance, doit être accompagnée d’un travail de renseignement, de sensibilisation, de protection des civils et de responsabilisation communautaire.

Il met cependant en garde contre toute assimilation entre population civile et collaborateurs.

La responsabilité de certains individus ne peut devenir une accusation portée contre toute une communauté.

ADF et AFC/M23 : deux menaces différentes dans une même crise régionale

Dans son analyse, Maître Fidèle Ubuntu rapproche également les ADF et l’AFC/M23.

Il utilise une formule volontairement imagée :

« Ce sont deux fesses dans une même culotte. »

Par cette expression, l’analyste ne présente pas nécessairement les deux mouvements comme une seule organisation. Il cherche plutôt à attirer l’attention sur leur inscription dans une crise régionale plus large qui, selon lui, contribue à l’affaiblissement de l’autorité de l’État congolais.

« Les ADF et le M23 ne sont pas la même organisation. Ils n’ont pas la même histoire, ni nécessairement les mêmes structures ou les mêmes objectifs. Mais il faut regarder les conséquences stratégiques de leur présence dans différentes parties de l’Est du Congo. »

Cette distinction demeure importante.

Les ADF et le M23 disposent de trajectoires, de commandements, de zones d’opération et de revendications différents. Toute affirmation concernant une coordination entre eux doit donc être établie sur la base d’éléments précis.

Maître Fidèle Ubuntu estime néanmoins que certains éléments contenus dans des rapports d’experts des Nations unies doivent pousser les chercheurs et les services de sécurité à examiner davantage les éventuelles connexions et convergences entre différents acteurs armés opérant dans l’Est.

Son raisonnement est également géographique.

Les ADF sont principalement actives dans l’espace Beni-Ituri, tandis que l’AFC/M23 a développé son influence dans d’autres parties du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Pour l’analyste, deux fronts distincts peuvent néanmoins produire une conséquence stratégique comparable : affaiblir progressivement l’autorité de l’État congolais sur une partie de son territoire et maintenir la pression sur les populations civiles.

« Dire la vérité sur nous-mêmes avant de la dire sur les autres »

Au fond, l’analyse présentée le 10 août ne porte pas uniquement sur les ADF ou le M23. Elle interroge la manière dont la société congolaise regarde une guerre qui dure depuis près de trois décennies.

« La première responsabilité est celle de dire la vérité. Dire la vérité sur nous-mêmes avant de la dire sur les autres. »

Et de répéter :

« Nier une réalité ne la change pas. »

Maître Fidèle Ubuntu ne nie pas, dans son analyse, l’existence des ADF, du M23 ni les responsabilités extérieures qu’il attribue notamment à certains acteurs régionaux. Il cherche plutôt à déplacer le regard vers les mécanismes qui permettent à la violence de se reproduire.

L’arbre est visible.

Il porte un nom, une arme et parfois un uniforme. Il peut s’appeler ADF, AFC/M23 ou prendre demain une autre appellation.

La forêt, elle, est plus difficile à observer.

Elle est constituée, dans cette lecture, des faiblesses institutionnelles, des ingérences régionales, des réseaux clandestins, des éventuelles complicités, de la peur, du silence, des défaillances dans le renseignement, de la méfiance entre communautés, de certains abus commis par des agents de l’État et surtout de la rupture de confiance entre gouvernants, forces de défense et populations.

« Abattre l’arbre sans comprendre la forêt, c’est prendre le risque de voir un autre arbre pousser au même endroit. »

La coresponsabilité, sans culpabilité collective

Maître Fidèle Ubuntu place ainsi la coresponsabilité au centre de son approche.

Les FARDC ont leur responsabilité. L’État a la sienne. Les responsables politiques également. Les services de sécurité, les communautés, les organisations citoyennes et chaque Congolais ont aussi une part à jouer dans la reconstruction de la sécurité.

Mais cette approche ne doit pas conduire à culpabiliser indistinctement les populations, qui demeurent les premières victimes des massacres, des déplacements et des violences.

La responsabilité collective ne signifie pas culpabilité collective.

Elle signifie, dans cette lecture, que la reconstruction de la sécurité nécessite la participation de tous, chacun selon son rôle et ses moyens.

La grande question devient alors moins : pourquoi l’ennemi attaque-t-il ? que : pourquoi, après tant d’années, trouve-t-il encore un environnement lui permettant de revenir, de recruter, de se dissimuler et de se réorganiser ?

Depuis près de trois décennies, l’Est de la RDC a connu des armées étrangères, des rébellions, des opérations militaires, des accords de paix, des processus d’intégration, des forces régionales et des interventions internationales.

Pourtant, la violence continue de se réinventer.

C’est précisément dans cet espace entre l’arbre visible et la forêt invisible que Maître Fidèle Ubuntu situe l’essentiel de son interrogation sur la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Rédaction