Listen Live!

La prolifération de plateformes vendant des produits présentés comme des médicaments suscite de vives inquiétudes au sein du corps médical. Ces plateformes, majoritairement en ligne, s’impose déjà à Oïcha et environs, territoire de Beni (Nord-Kivu).

Ces réseaux, qui fonctionnent sur base d’adhésion et de recrutement, proposent à leurs membres de vendre des produits dans la communauté, souvent sans encadrement sanitaire. Et ce, au vu et au su de tous. Contacté à ce sujet, Junior Sola, professionnel de santé œuvrant au Centre Phytothérapeutique La Guérison, dénonce des pratiques dangereuses et trompeuses.

« La santé exige des professionnels. Des personnes ayant des notions sur la santé. Ce n’est pas comme d’autres sciences. On ne peut pas donner à quelqu’un des médicaments sans avoir été formé à la matière. Pour que quelqu’un soit vendeur des médicaments, il lui faut avoir reçu des formations. Et la formation de base prend au moins 2 ans », dit-il.

Selon lui, les produits mis en circulation ne correspondent pas à ce qui est annoncé.

« Ces gens qui vendent ces genres de médicaments, d’ailleurs, nous les avons approchés. Ce ne sont pas des médicaments. Ce sont des compléments alimentaires. Ils appellent ça médicaments juste pour attirer l’attention des acheteurs. Ils abusent de la confiance. Ils mentent que ce sont des médicaments pourtant non », a-t-il éclairé.

Il insiste également sur les circuits légaux de distribution.

« On ne vend pas les médicaments en faisant les tours des quartiers. Ça, c’est une erreur grave. Les médicaments sont vendus dans les pharmacies et non dans les rues », rappelle Junior Sola.

Ce professionnel de santé alerte en outre sur l’absence de diagnostic préalable.

« Ils donnent ces produits aux personnes sans aucun diagnostic. Pourtant, le malade doit être consulté avant de recevoir toute sorte de médicaments. Ils ne savent pas de quelle maladie vous souffrez et ils vous donnent ces produits. Encore, ceux qui les donnent ne sont pas du domaine. C’est contre la déontologie médicale », affirme-t-il.

Il précise aussi la nature réelle de ces produits.

« Ce sont des compléments alimentaires issus des nourritures transformées. Or, ici chez nous, nous avons des aliments riches en nutrition. Ces produits passent pour des pays où les aliments ont déjà perdu les nutriments. »

Au-delà de l’aspect sanitaire, Junior Sola dénonce un système économiquement préjudiciable.

« Sur le plan économique, ils rendent pauvre la population. Imaginons, ils peuvent acheter un carton à 25 dollars, ils viennent revendre ça à 50 dollars. C’est une exploitation. Dans le système médical, ce n’est pas autorisé. Le prix des médicaments est bien fixé et connu. Ils nous rendent pauvres pour s’enrichir. »

Face à cette situation, les professionnels de santé appellent la population à la vigilance et au respect des circuits officiels pour tout produit lié à la santé.

Jean-Claude Mbafumoja