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À Kinshasa, le ciel est toujours bleu au-dessus des terrasses de la Gombe. Le champagne coule, les grosses cylindrées vrombissent sur le boulevard du 30 Juin, et les rumeurs du pouvoir s’achètent au prix fort dans les coulisses des ministères. C’est la rumeur de la ville. Un vacarme mondain qui couvre tout. Surtout le reste.

Car à deux mille kilomètres de là, le décor change. À Beni, à Oicha, à Goma, à Butembo, le bruit n’est pas celui des bouchons qui sautent, mais celui des armes qui crépitent. Le cri d’alarme de millions de Congolais n’est plus une alerte : c’est un râle d’agonie permanent. C’est le hurlement d’une mère dont la terre est violée, c’est le sang des innocents qui irrigue les collines du Kivu.

Mais pour la lointaine Kinshasa, qu’est-ce que tout cela ? Un bruit de la rue. Une nuisance sonore lointaine. Un fait divers de plus que l’on balaie d’un revers de manche entre deux décrets et un banquet officiel.

Nos dirigeants excellent dans l’art de la compassion télégraphique. Un tweet indigné par-ci, une « profonde préoccupation » par-là, et puis s’en vont. Les morts de l’Est sont devenus des statistiques abstraites, de la simple monnaie d’échange pour discours politiques creux. On pleure les victimes sur les plateaux de télévision le matin, et on danse l’ambiance nationale le soir. Quel cynisme ! Quelle trahison !

Combien de massacres faudra-t-il pour que la surdité de la capitale guérisse ? Combien de rapports enterrés, combien de territoires perdus pour que l’on comprenne que le Congo se meurt par sa frontière ?

Pendant que Kinshasa dort dans l’opulence de ses illusions, l’Est veille dans l’effroi. Si la tête ignore que ses membres saignent, c’est tout le corps qui finira par s’effondrer. Il est temps que le cri de l’Est devienne un séisme dans les bureaux capitoliens. Car la rue, un jour, finira par monter jusqu’aux palais.

Ezedor KIHANDI