La signature d’une feuille de route et la mise en place d’un mécanisme de suivi du cessez-le-feu entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 constituent une nouvelle étape dans la recherche de la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo. Après plusieurs années de violences, de déplacements de populations et de destructions, toute initiative susceptible de rapprocher les parties autour d’une solution pacifique mérite d’être encouragée. Mais il faut désormais aller au-delà des textes signés et des déclarations officielles.
La population veut voir la paix dans sa vie quotidienne.
L’annonce d’une première mission de vérification à Minembwe est, à ce titre, importante. Le mécanisme de suivi ne doit pas être une simple structure administrative. Il doit permettre de constater objectivement ce qui se passe sur le terrain, d’identifier les violations du cessez-le-feu et de veiller à ce que les engagements pris par les parties soient effectivement respectés.
La paix ne peut pas être négociée uniquement dans les salles de réunion. Elle doit également être construite dans les villages, les territoires et les communautés qui ont payé le plus lourd tribut à cette guerre.
Le principal défi de ce processus reste celui de la confiance. Depuis longtemps, les accords se succèdent tandis que les populations continuent de vivre dans l’incertitude.
Il faut donc que chaque partie accepte de faire des concessions pour préserver l’essentiel : la vie humaine et l’intégrité du territoire national.
Le gouvernement congolais doit poursuivre les efforts diplomatiques tout en assumant pleinement ses responsabilités dans la protection de la population. De son côté, l’AFC/M23 doit démontrer concrètement son engagement en faveur de la cessation des hostilités et du règlement politique du conflit.
La communauté internationale, notamment les facilitateurs et les pays impliqués dans le processus, doit également jouer son rôle de garant et accompagner les engagements jusqu’à leur mise en œuvre effective.
Ne pas oublier les communautés victimes
Il serait également difficile de parler d’une paix durable sans prendre en compte la voix des communautés directement affectées par le conflit.
Les populations déplacées doivent pouvoir retourner chez elles dans des conditions sécurisées. Les écoles, les centres de santé, les marchés et les activités économiques doivent progressivement reprendre. Les familles séparées doivent pouvoir se retrouver.
La paix ne doit donc pas seulement signifier l’absence de tirs. Elle doit permettre aux Congolais de vivre, travailler, étudier, circuler et entreprendre sans craindre pour leur sécurité.
La première mission de vérification annoncée à Minembwe sera un test important pour ce nouveau mécanisme. Si les équipes de vérification sont capables de travailler avec indépendance, de constater les faits et de rendre compte avec transparence, elles pourront contribuer à restaurer progressivement la confiance entre les parties et au sein des communautés.
Mais si les violations sont minimisées, si les responsabilités sont systématiquement rejetées sur l’autre camp ou si les engagements restent sans conséquence, le processus risque de perdre rapidement la confiance de la population.
Nous devons saluer toute initiative qui ouvre la voie au dialogue. Mais nous devons également avoir le courage de rappeler que la paix ne se proclame pas : elle se construit et se vérifie.
La nouvelle feuille de route doit donc être considérée comme un instrument au service de la paix, et non comme une fin en soi.
J’appelle les autorités congolaises, l’AFC/M23, le Qatar, les États-Unis, l’Union africaine, la Suisse et tous les autres partenaires impliqués à maintenir la pression diplomatique nécessaire pour que les engagements soient respectés.
J’appelle également nos communautés à soutenir les efforts de paix, à éviter les discours de haine et à privilégier le dialogue.
Notre pays a suffisamment souffert. Le peuple congolais ne demande pas un nouvel accord à célébrer. Il demande une paix à vivre. C’est maintenant que le véritable travail commence.
Zénon Kasomo Malamasa
