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Face à la persistance de l’insécurité en Ituri, le jeune notable de Bunia Alain Muhongya Mbokani appelle les autorités, les responsables communautaires et les acteurs engagés dans la recherche de la paix à faire preuve de responsabilité dans leurs discours sur la situation sécuritaire.

Dans une mise au point consacrée à la cohésion nationale, à la non-stigmatisation communautaire et à la sécurité en Ituri, Alain Muhongya Mbokani estime que la lutte contre les groupes armés ne devrait en aucun cas se transformer en affrontement entre communautés.

Pour ce jeune notable, il est essentiel de distinguer les individus responsables des actes criminels, les groupes armés qui commettent les exactions et les communautés auxquelles certains de leurs membres peuvent appartenir.

Il met ainsi en garde contre toute tendance à attribuer à une communauté entière la responsabilité des actes posés par certains individus.

« Une communauté ne constitue ni une armée, ni une milice, ni une organisation criminelle », rappelle-t-il, estimant que les responsabilités doivent être établies sur la base des faits et non de l’appartenance communautaire.

La question des Wazalendo au cœur des préoccupations

Alain Muhongya Mbokani appelle également à davantage de rigueur dans l’analyse de la présence des Wazalendo dans certaines zones de l’Ituri, notamment à Mambasa.

Selon lui, il serait dangereux d’associer automatiquement ce phénomène à une communauté particulière. Il rappelle que la question des groupes armés et des combattants dits Wazalendo s’inscrit dans un contexte sécuritaire plus large, marqué par l’activisme de plusieurs groupes armés et les efforts de l’État congolais pour restaurer l’autorité publique.

Pour lui, le débat devrait plutôt porter sur les responsabilités réelles dans la chaîne de commandement et dans les éventuelles exactions.

Qui commande ? Qui arme ? Qui finance ? Qui commet les exactions ? Qui contrôle les opérations ? Et quelle est la responsabilité de l’État dans le rétablissement de l’ordre ? Telles sont, selon lui, les questions qui devraient guider l’analyse de la situation sécuritaire.

« L’ennemi de la paix n’est pas une tribu »

Le jeune notable de Bunia redoute particulièrement que la stigmatisation communautaire ne contribue à aggraver les tensions dans une province déjà fragilisée par plusieurs années de conflits.

Il estime que les discours accusant collectivement une communauté risquent de nourrir la méfiance, la peur et les frustrations, au lieu de favoriser la recherche de solutions.

Pour Alain Muhongya Mbokani, « l’ennemi de la paix en Ituri n’est pas une tribu », mais toute personne ou organisation qui s’attaque aux civils, prend les armes contre l’autorité de l’État ou entretient les divisions communautaires.

Dans cette perspective, il appelle les autorités politico-administratives, les leaders communautaires, les responsables religieux, les jeunes et l’ensemble des forces vives à privilégier un discours rassembleur.

La communauté Nande appelée à ne pas devenir un bouc émissaire

Alain Muhongya Mbokani insiste enfin sur la nécessité d’éviter que la communauté Nande soit utilisée comme bouc émissaire dans les débats liés à l’insécurité en Ituri.

Il rappelle que la province est composée de plusieurs communautés dont la coexistence constitue un élément essentiel de la stabilité locale. Pour lui, aucune communauté ne devrait être collectivement rendue responsable des actes criminels commis par des individus.

Son message s’inscrit ainsi dans un plaidoyer plus large en faveur d’une approche sécuritaire fondée sur les faits, la responsabilité individuelle, l’État de droit et la cohésion entre les différentes communautés.

À travers cette mise au point, le jeune notable de Bunia appelle donc à combattre l’insécurité sans combattre les communautés, estimant que la paix en Ituri passe également par la capacité des différents acteurs à éviter les discours susceptibles d’alimenter les divisions identitaires.

Jean-Claude Mbafumoja