À Beni, Butembo et Kasindi, au Nord-Kivu, une nouvelle forme de dépravation des mœurs prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux. Des comptes identifiés sous l’appellation « Poposha » sont créés pour salir la réputation de certaines personnes, principalement des jeunes filles. Ces pages publient des images accompagnées de messages diffamatoires, accusant les victimes de prostitution, de relations multiples ou encore de comportements jugés immoraux, souvent sans aucune preuve.
Dans plusieurs cas, ces comptes servent de moyens de règlement de comptes personnels après des conflits privés. Des photos sont récupérées, parfois à l’insu des concernées, puis exposées publiquement avec des commentaires humiliants. Cette pratique, en pleine expansion dans ces agglomérations du Nord-Kivu, suscite indignation et inquiétude au sein de la population.
Pourtant, la législation congolaise est claire. En République démocratique du Congo, la loi n°23/010 du 13 mars 2023 portant Code du numérique, souvent associée aux réformes du ministre Patrick Muyaya, encadre strictement l’usage des réseaux sociaux.
L’article 360 de cette loi punit la diffamation commise en ligne. Toute personne qui publie ou relaie des accusations portant atteinte à l’honneur d’autrui s’expose à une peine de servitude pénale pouvant aller de 6 mois à 2 ans, ainsi qu’à des amendes.
L’article 362 sanctionne l’atteinte à la vie privée, notamment la diffusion d’images sans consentement. Dans ce cas, les auteurs risquent des peines de prison et des amendes importantes, surtout lorsque les contenus causent un préjudice moral à la victime.
L’article 364, quant à lui, réprime l’usurpation d’identité et la création de faux comptes. Les administrateurs de comptes fictifs destinés à nuire peuvent être condamnés à des peines allant jusqu’à plusieurs années de prison, accompagnées de sanctions financières.
Ces dispositions viennent renforcer celles du Code pénal congolais. Les articles 74 et 75 punissent respectivement la diffamation et les injures publiques, avec des peines pouvant inclure des amendes et des peines d’emprisonnement, selon la gravité des faits.
Face à cette situation, des voix s’élèvent pour appeler à la responsabilité numérique. Des acteurs sociaux estiment qu’il est urgent de sensibiliser les jeunes à l’usage responsable des réseaux sociaux, tout en encourageant les victimes à porter plainte.
Ainsi, derrière l’apparente banalité de ces publications se cache une réalité juridique lourde : salir une réputation en ligne n’est pas un jeu. C’est une infraction punie par la loi en RDC.
Les victimes de ces publications ont le plein droit de contacter la justice pour être remises dans leurs droits.
Jean-Claude Mbafumoja
